AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 CIM-10 : (D50-D64) ::: Hisahito :::

Aller en bas 
AuteurMessage
Miyabi Uehara

avatar

Féminin
Nombre de messages : 21
Age : 31
Adresse : insignificant
Métier : insignificant
Humeur : Insignificant
Fukkou no Byouin\' :
Date d'inscription : 09/11/2008

Carte Médicale
Entourage:
Journal de Bord:

MessageSujet: CIM-10 : (D50-D64) ::: Hisahito :::   Sam 28 Fév - 0:33

Ryuhei.

-Service d’urgence à l’appareil.
-Envoyez une ambulance.


Chaque matin, elle se réveille. Elle a 20 ans, du travail, est heureuse avec l’homme qu’elle aime. Chaque matin elle se réveille et c’est cet homme que ses yeux contemplent en premier.

-Je vous localise au F…
-Oui, appartement n°7.
-Quelle est l’urgence ?
-Il y a eu un suicide.


Le combiné pendu à ses lèvres, tête lourde entre sa main encore libre. Toute sa détresse entre sa main.
Ses yeux viennent de détruire toute sa vie en l’espace d’un regard.

-Qui est la victime ?

Elle suffoque, sa voix se brise, dénonce sa déchéance.
L’homme qu’elle aime et qui dort à ses côtés, est toujours le même.
Ses yeux ne le connaissent plus.

-Moi.


<----------~ <----------~ <----------~ <----------~


-…
-Pardon.



CIM-10 : (D50-D64)
Anémie.
Haimos – sang.
Diminution de la concentration en hémoglobine intra-érythrocytaire et par le manque de G.R. Destruction des G.R.



Non contente d’éprouver une certaine difficulté à identifier la gauche et la droite et de tourner continuellement en rond dans le département de neurologie de l’hôpital, Miyabi avait prit la fâcheuse habitude de fréquenter celui destiné aux érudits des sciences de la recherche et des passionnés d’hémoglobines. Département d’hématologie. La jeune femme souffrait d’anémie. Bénigne somme toute, mais contrariante. Son corps était resté inerte depuis son arrivée dans le nouvel établissement, et seul son éveil ce matin même avait eu raison d’elle, essoufflée et à bout, un pitoyable combat contre son propre corps, tendu, afin d’appeler d’urgence une infirmière. Après quoi elle perdit connaissance. Et puis rien. Un trou noir béant qu’elle du contempler seule, vide, l’absence de souvenirs cruellement présente. Ou presque.
Un réveil douloureux mais en vie, elle en est complètement indifférente. Quelque part, si ces maintes tentatives de réanimation ne s’étaient pas achevées avec succès, elle n’aurait plus eu à subir tous les caprices de sa dépouille.
Miyabi est perdue. Effectivement, elle peine à se rappeler ce qu’elle fait là, les chaînes qui la tiennent en vie plantées dans la chair, un fluide de sang qui ne lui appartient pas et qu’on lui procure pour la forcer à vivre. Dans ses yeux les aides-soignants peuvent lire toute l’incompréhension qui l’assaille, pas la souffrance qui la tenaille en ayant encore la possibilité de poser un regard vague sur eux, donc encore en vie. Ses sauveurs la condamnent encore un fois à assister à sa propre perte alors qu’elle avait peut-être eu l’occasion de partir avant qu’elle ne sache plus ce que cela signifie. Le goût amer d’une mort ratée et d’une résurrection non désirée.
Les bons samaritains partent, naïfs hommes de bien qui la pensent trop perdue pour défaire les liens qui la retiennent dans sa prison.

-…

Sans aucune émotion ni sensibilité à la vue des plaies ouvertes, elle brise pour de bon les tubes qui la manipulent, arrache la perfusion, démembre tout espoir de vivre. Le sang qui s’échoue par corpuscule sur les draps, elle renonce à enlever les compresses et les sparadraps qui parcourent la longueur de ses bras. Prise de vertiges, elle se cramponne, livide, au bord du lit. Elle inspire tout ce que ses poumons peuvent emmagasiner d’air aseptisé et se laisse tomber en avant, ses pas devançant l’un après l’autre la chute que son stade embryonnaire supposait. Comme un chérubin qui découvre la marche, la patiente agonise chaque pas, titube, hésitante, sous les yeux inquiets mais trop préoccupés du service médical. Revers de la médaille ; plus l’hôpital gagnait en reconnaissance et plus il s’accablait de patients. Á moins qu’elle ne s’effondre sur le sol, ils n’avaient pas le temps de s’inquiéter pour elle.
Perdue. Encore.
La jeune femme du demander son chemin à plusieurs reprises, peut-être à plusieurs même personnes. Comment pouvait-elle se situer si tout le monde s’afférait autour d’elle, si personne n’était jamais à la même place, si de nouveaux arrivants s’immisçaient dans les parages alors qu’elle n’avait toujours pas retenu ceux qui étaient déjà là ? L’anesthésie faisait encore son effet, et, toujours confuse, Miyabi semblait être hors du temps comparée au stresse de la vie des médecins alentours.

-Oh, excusez-moi, quelle heure est-il s’il vous plaît ?
-…


On l’interpelle, elle se retourne dans la foulée, regarde son interlocuteur.

-Euh…vous allez bien mademoiselle ?

Miya passe une main fatiguée dans ses cheveux, soupire. Son visage était terne, les valises qu’elle avait sous les yeux supposait un voyage dans les bras de Morphée refusé depuis bien plusieurs semaines, elle paraissait chétive dans son accoutrement de malade compulsive, et elle était perdue au beau milieu de « quelque part », et ce depuis une demi-heure au moins. Que le service médicale soit occupé était une chose. Mais était-il aussi amnésique qu’elle pour ne pas se rendre compte de ses allés et venues perpétuels ?
Non, elle ne va pas « bien ».

-…Non ça va…L’heure vous dites…?

L’homme acquiesce, plus curieux de savoir ce qu’une patiente - débraillée et encore marquée de la torture sous-cutanée pudiquement appelée perfusion - faisait à perdre du temps à flâner dans l’espace stérilisé du centre d’accueil.
Complètement à côté de la plaque. Á partir de là le chemin pour se rendre dans les chambres du département de neurologie était bien trop compliqué pour une femme qui ne parvenait pas à se rappeler quelle porte elle venait de passer.

-Il est…

L’inconnu n’avait sans doute pas remarqué l’horloge qui officiait pourtant bien en évidence devant le comptoir du secrétariat. Elle plisse les yeux, tente de décoder l’objet, perturbée par la trotteuse qui ne cessait d’avancer au fur et à mesure du temps.
Quelle aiguille indiquait les heures, déjà ?

-…06h55… ?
-Euh…


Il la regarde, surprit, détourne la tête, suit le regard de la jeune femme. Regarde l’heure sans avoir à décoder quoi que ce soit. C’est une évidence pour lui. La grande aiguille désigne les minutes, la petite les heures, celle qui bouge les secondes.

-Je dirais plutôt 11h35.
-Oui pardon.


Honteuse elle sourit et détourne la tête. Soit il la prenait pour une dyslexique, soit pour une attardée. Dans les deux cas elle n’était ni l’une ni l’autre, mais c’était une facette de sa maladie qui touchait au-delà des épisodes de sa vie. Elle n’en devenait pas stupide pour la cause. Mais lire l’heure, c’était comme le vélo ou nager ; c’est un souvenir technique qui ne s’oublie pas. Hors l’Alzheimer, c’était probablement ce qu’elle faisait de mieux. Effacer quoi que ce fût tant que c’est éjectable. Et en l’occurrence, lire l’heure l’est.
Il accepte de plein gré ses excuses, la prend effectivement pour une patiente en déficience neuronale, et prend congé, une dernière pensée pour la pauvre sotte.

Entre-temps, Miyabi s’était retournée, puis figée sur place. Elle jeta un regard à sa gauche…Ou peut-être sa droite ? Puis de l’autre côté. Elle se retourna, fixa la porte qui lui faisait face. Avait-elle déjà traversé ce couloir ?
Elle recule, perdue, une nouvelle fois.

-Oh.
-…


Elle bouscula quelqu’un derrière elle. Trop attachée à retrouver sa chambre afin de s’y reposer, elle détourna à peine la tête en sa direction. Un médecin probablement.

-Pardon.
-…


Sans attendre aucune réponse, s’il voulu toutefois lui en donner une, elle lui adressa un sourire fatigué et distrait puis le contourna. Devant elle un panneau signait clairement la direction pour se rendre au département de neurologie. Miya ne le quitta pas des yeux, sachant pertinemment qu’un seul moment d’égarement courrait à sa perte.
Elle continua donc sa promenade, guettant le moindre écriteau, la moindre personne susceptible de l’aider. Elle se retourna aussi plusieurs fois, certaine d’être suivie, fixant les inconnus derrière elle. Puis elle renonça. Elle n’avait le souvenir de personne. Comment pouvait-elle se sentir épiée ?
De sa démarche de somnambule, elle parvint enfin jusqu’aux chambres. La jeune femme soupire de soulagement. Enfin.

Parmi les nouvelles stagiaires faussement édulcorées, une infirmière la reconnu et la pris immédiatement en charge. Derrière elles deux les jeunes femmes s’intéressent mais aucunes ne se portent volontaires. Elles s’ennuyaient dans cet univers d’épaves en tout genre, et majoritairement âgées pour les accabler un peu plus. Á son arrivée, Miyabi avait été un centre d’attention particulier, l’espoir de trouver chez elle la complicité et la connerie des étudiants. Mais depuis sa « renaissance », Miya s’était obstinément coupée du reste du monde. Mis à part sa chambre et ceux qui y rentraient, quand bien même elle se souvenait d’eux, elle ne voulait rien d’autre. Et si elle ne se souvient plus de la femme qu’elle avait été, elle a cependant toujours gardé le mépris et le dégoût qu’elle éprouvait envers tous.
La vieille dame regarde les bleus récemment apparus sur les bras de la malade, la sermonne, puis daigne enfin la conduire à sa chambre. Poussée par les mains bienveillantes de sa marraine, elle refuse d’avancer. Les stagiaires chuchotent plus fort, s’excitent comme de douces pucelles. Elle le sait. Détourne la tête. Fixe quelqu’un au hasard. Ce n’était pas un faux semblant, elle avait été bel et bien suivie. Elle écarquille les yeux, toujours rivés sur l’inconnu, avant d’être enfermée pour de bon dans sa chambre. Miya avait reconnu l’homme qu’elle avait bousculé auparavant.

Statique contre la porte, elle est perdue dans cet endroit familier, le regard absent. Non, elle n’avait pas été suivie. Plusieurs personnes avaient du prendre le même chemin qu’elle. Peut-être travaillait-il tout simplement dans ce secteur.

-…

Flegmatique, ses pas la conduisent instinctivement vers son lit. Une vie répétitive qu’elle s’oblige à répéter pour ne pas oublier. Son avenir est la répétition de son présent.
Assise, esseulée, elle ne trouve rien de mieux à faire que de contempler sa nouvelle vie.
Une vie étroite sans avenir au-delà de la porte qui la sépare des autres, confinée dans sa chair en papier, ordonnée, rangée, organisée, jamais différente, toujours la même. Une vie en papier, racontée à l’encre des mémos.
Sa vie était éphémèrement courte, mais fascinante.
Il était impossible de pouvoir déceler la moindre parcelle du mur assaini de sa chambre d’hôpital. Des mots y étaient pendus, des calendriers. Des dates directement couchées sur papier, des dates qu’elle n’est pas censée oublier. Des pages maculées arrachées de leur ventre pour se recueillir sur ce même mur, surlignées par endroit, pour des choses qui a une époque avait probablement eu de l’importance pour elle. Des mosaïques d’œuvres épanchées sur les remparts délimitées de sa vie, des suites incohérentes de lettres de connaissances dont elle ne connaît plus que le nom inscrit au bas de la feuille, des post-it qui multi-colorent les affres pâles de sa vie en papier. Des choses essentielles à faire au quotidien, et celles qu’il ne faut pas. Les meubles n’étaient pas épargnés. Les disques s’empilaient dangereusement près de son lit, près du lecteur.
Elle attrape le bloc-notes sur sa table de chevet, reste immobile. Elle l’envoie valser dans le tiroir. Aujourd’hui elle ne se souvient de rien. Pas de dates, pas de numéro de téléphone, pas d’anecdotes. Elle se penche, se saisit d’un autre carnet. Soupire. Y inscrit sa difficulté à lire l’heure, à se situer dans un lieu pourtant confiné, à se situer, ses doutes pour déterminer la gauche de sa droite. Ses doigts font glisser la bonne centaine de pages brouillées à l’encre. Elle devait y noter tout ce qu’elle n’était plus capable de faire, ce pour quoi elle avait du mal.
Elle le referme et le range, reprend en main le bloc-notes, pour ne pas oublier de se procurer un autre carnet. Celui-ci arrive déjà à son terme.
Un autre encore. Mais celui-là, elle n’y touchera pas encore. Il lui fallait raconter sa journée. Des souvenirs, si possibles. Celui-là, était désespérément vide.

Á nouveau prise de vertiges, elle entra dans les couvertures, recroquevillée, étouffée entre les draps.
Perdue.
Quel sentiment à part celui de l’absence pouvait-on ressentir lorsque l’on a tout à perdre sans plus savoir ce que l’on possède ?
Qu’aurait-elle fait avant, si elle se voyait maintenant ?
Se serait-elle fâchée ?
Aurait-elle essayé de changer ?
Qu’aurait-elle fait ?



Elle avait essayé de se tuer lorsqu’il était encore temps pour elle de décider.
Mais elle avait renoncé.
Pourquoi ?

La porte claque.
Miya tressaillit. Elle avait remplit son quota aujourd’hui. Qu’on la laisse tranquille. S’il vous plaît.

La jeune femme feinte un repos mérité, fermant les yeux et en tentant vainement d’avoir trouvé la respiration régulière que le sommeil imposait, dos à lui. Cachée dans les couvertures, elle n’est pas dupe, et le nouvel arrivant non plus. Il lui adresse la parole. Elle fait une dernière tentative et ne bouge pas.
Mais son interlocuteur est perspicace et persévérant.

-…

Elle réprime un soupir et exprime sa défaite face à l’inconnu en se retournant pour lui faire face. Hésitante, elle ne laisse dévoiler d’elle qu’une partie de son visage, emmitouflée dans les couvertures, pour ne laisser entrevoir que ses yeux emplis de reproches mais surtout de fatigue, leur permettant ainsi de scruter son visiteur.

Qui était-il ?

Ses yeux le dévisagent de haut en bas.
Un médecin. Ou un aide-soignant.
Il n’y avait pas de nom sur sa blouse.
Elle bouge légèrement la tête, regarde un post-it sur sa table de chevet, puis plus loin, plus haut, sur un calendrier.
Intriguée, elle ne comprend pas. Toujours perdue dans les draps, elle décide de briser le silence que leur contemplation imposait.

-Quel jour sommes-nous ?

Il était probablement l’infirmier qui venait récupérer ses notes chaque fin de semaine. Elle ne se souvient jamais de lui.
La réponse tarde, son interlocuteur probablement décontenancé par une telle question.
Quel jour étaient-ils ?

Les draps traînent sur le sol. Enfin, Miya se redresse, à découvert, mais obstinément fixée sur sa couche. Assise sur ses genoux, elle attend toujours sa réponse. Rien.
Le connaît-elle ?

-...Excusez-moi. Qui êtes-vous ? Je vous connais ?

Pas de réponse. Elle le dévisage. Une expression qu’elle ne connaît que trop bien.
Elle insiste.

-Quel jour sommes-nous ?

Le connaît-elle ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
CIM-10 : (D50-D64) ::: Hisahito :::
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: [H]ôpital [C]ivil :: Département Neurologie :: Chambre 082 à 132-
Sauter vers: